Interview de Jürg Ackermann, collaborateur bénévole qui accompagne les personnes atteintes de surdicécité

Par Ann-Katrin Gässlein

Portrait de Jürg Ackermann, bénévole à l’UCBA

Portrait de Jürg Ackermann, bénévole à l’UCBA. Photo: Ann-Katrin Gässlein

M. Ackermann, depuis quand accompagnez-vous des personnes atteintes de surdicécité ?

Depuis que je suis à la retraite, voici six ans. Auparavant, j’ai travaillé de nombreuses années dans une banque. J’ai eu alors souvent l’occasion de voyager de par le monde. Après des séjours en Suisse romande, au Mexique et au Panama, je suis revenu en Suisse où j’ai terminé ma carrière dans la région bâloise. J’ai beaucoup voyagé, également en tant que pendulaire.

Durant vos recherches d’activités bénévoles, comment en êtes-vous venu à l’UCBA ?

Les langues m’ont toujours plu. Au Mexique déjà, j’avais fait la connaissance d’une avocate pour personnes sourdes. De retour en Suisse, j’ai suivi des cours de langue des signes. A cette occasion, j’ai rencontré Stefan Spring qui m’a demandé un jour : « Tu ne voudrais pas venir chez nous une fois à la retraite ? » Le moment venu, je me suis inscrit à l’UCBA comme collaborateur bénévole afin d’accompagner des personnes atteintes de surdicécité.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans cette activité ?

La relation avec des gens qui m’apprennent énormément. De plus, je peux aménager mon temps à loisir, ce qui est important pour moi. Ma femme et moi séjournant souvent à l’étranger, je ne peux proposer mes services pour une activité régulière. Lorsque je suis en Suisse, je rends visite deux fois par semaine à mon papa de 90 ans, qui vit dans un EMS. J’ai moi aussi des rendez-vous. Je peux organiser mes interventions bénévoles selon mes disponibilités.

Qui sont les personnes que vous accompagnez ?

Actuellement, je m’occupe régulièrement de deux clients. Avec l’un d’eux, qui habite le village voisin, je vais me promener le samedi. Il est aveugle de naissance. Sa mémoire prodigieuse m’étonne à chaque fois. Il emmagasine vraiment tout et me raconte toujours des choses très intéressantes. Dire qu’il a dix ans de plus que moi !

Mon autre cliente, fortement malentendante-malvoyante, est très dynamique. Je l’accompagne à toutes sortes de séances, assemblées générales, cours de braille, ou autres conférences organisées par sa banque à l’intention de la clientèle.

Comment procédez-vous ?

Je vais généralement chercher ma cliente à Bâle. Durant nos déplacements, nous lormons et pendant les réunions, je suis son vélotypiste. Elle se sert d’un Braillino, appareil qui lui permet d’écrire et de lire du braille. A l’aide d’un clavier de machine à écrire normal, je transcris intégralement tout ce qui est dit. Heureusement que j’écris vite ! Puis ma cliente lit avec sa ligne braille ce que j’ai écrit.

Hier, j’ai accompagné mon client à une journée politique organisée par l’UCBA, à Berne. Pour lui, j’écris sur un ordinateur relié à une ligne braille. Lors de tels mandats, je dois veiller à ne pas m’asseoir au milieu des participants, pour ne pas les déranger en tapant mes notes au clavier. Généralement, une telle intervention dure en moyenne cinq à six heures, voire plus longtemps en cas de déplacement.

Que faut-il savoir pour accompagner des personnes atteintes de surdicécité ?

L’essentiel s’apprend avec le temps. Facile à utiliser, le Lorm se pratique fréquemment. Aujourd’hui encore, je suis des cours de Lorm, ainsi que d’autres cours, tels que le « Stress auditif » et « Aider et être aidé ». Bien des choses que j’y apprends me sont d’ailleurs utiles dans ma vie privée, par exemple dans mes rapports avec mon papa âgé de 90 ans et porteur d’appareils auditifs.

De plus, il faut savoir faire preuve de patience, aimer les gens et leur compagnie et s’adapter à leurs souhaits de guidage. En effet, tous ne souhaitent pas être guidés selon la méthode classique apprise au cours, qui consiste à tenir le coude de son accompagnant. Une dame préférait par exemple me tenir la main.

Y a-t-il parfois incompatibilité avec le client ?

Comme dans la vie en général, ça ne marche parfois pas. Lorsqu’il ne s’agit que d’un accompagnement occasionnel, l’on peut outrepasser ces divergences. Par contre, lorsque l’on est sollicité régulièrement, quelques atomes crochus sont indispensables ! En cas d’incompatibilité, l’UCBA intervient et il est tout à fait possible d’en parler avec le travailleur social qui suit le client. Quant à moi, j’ai aussi mes bêtes noires : je ne fréquente pas les bains publics et, daltonien moi-même, je ne peux aider un client à choisir des vêtements.

Il faut aussi comprendre les clients. Il n’est pas toujours facile d’accepter l’aide d’autrui, d’où le crédo des bénévoles : « Ne jamais imposer son aide ».

Souvent, il est nécessaire de refréner son élan protecteur. C’est au client d’indiquer ses besoins. Il faut savoir rester au second plan, ne pas répondre à sa place mais le laisser répondre lui-même.

Merci de m’avoir accordé cet entretien.

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Engagez-vous

En tant que collaboratrice ou collaborateur bénévole, vous donnez de votre temps pour accompagner des personnes sourdaveugles ou malentendantes-malvoyantes. Vous accompagnez ces personnes lors de promenades, de visites médicales, de voyages, de séjours de vacances, de manifestations et pour faire des courses ou du sport. Grâce à votre présence, les personnes concernées peuvent à nouveau participer à la vie sociale et rencontrer des gens. La qualité de vie des personnes concernées s’en trouve clairement améliorée.

Actuellement, plus de 280 personnes travaillent comme bénévoles actifs et fournissent chaque année plus de 20’000 heures de bénévolat. Un engagement qui n’a pas de prix, ni pour les personnes concernées ni pour nous !

Avez-vous envie de vous engager ? Cette expérience vous tente-t-elle ? Nous en serions très heureux.

Plus d’information sur les conditions, la préparation et l’accompagnement des personnes atteintes de surdicécité sur www.ucba.ch – AgirS’engager bénévolement.